Nasikh et Mansoûkh

"AL-HAADÎ" a déjà publié un article pour prouver l'existence du Dou'aa-é-Qounoûte avec la formule "Allaahoumma innaa Nastaî'nouka...." Contrairement aux rumeurs qui niaient son existence, nous avons démontré que ce Dou'aa était bel et bien récité par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), les Sahaabah‎-é- Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) et les Taabi'îne (R).

En sus, nous avons démontré, avec références, que c'était deux Sourahs du Qour'aan-é-Karîm dont les textes furent enlevés plus tard.

Tout cela a été mal interprété par certains. Il y a même quelqu'un qui a 'affirmé' que les Sourahs et versets abrogés doivent nécessairement rester dans le Qour'aan-é-Karîm et ne peuvent en être exclus. Toutefois, il n'a avancé aucune preuve pour soutenir sa déclaration. Car il n'y a aucune preuve pour soutenir une telle allégation.

Cela suffit pour qu'on rejette son allégation. Quoique n'ayant aucune preuve, cette personne a condamné AL-HAADÎ qui, selon elle, aurait fait une déclaration sans aucun fondement, Inchaa Allah, nous allons prouver par la grâce d'Allah Ta'aala que AL-HAADÎ n'est ni le premier ni le dernier à faire cette déclaration. Celle-ci est basée sur le Kitaaboullah et le Sounnah et sur les déclarations des Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) et des Taabi'îne (R).

Si on continue à blâmer AL-HAADÎ malgré toutes les preuves, alors il n'y aura aucun doute qu'il s'agit de fausses accusations et de prétentions émanant des gens irresponsables faisant preuve de leur propre ignorance des techniques élémentaires du Charî'ah.

D'abord il faut savoir que le Qour'aan-é-Karîm a subi l'abrogation.

Dans le verset 106 du Sourah Al-Baqarah Allah Ta'aala dit : "N'importe quel verset que nous abrogeons ou que nous enlevons de la mémoire, Nous le remplaçons par un autre verset qui est meilleur ou son équivalent…"

Commentant ce verset, Allaamah‎‎ Ibn Jarîr Tabarî (D. 310 H) a dit :

"Un verset abrogeait un autre. Parfois Nabî‎‎-é Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) récitait un ou plusieurs versets du Qour'aan-é-Karîm qui furent enlevés plus tard et qu'on fit oublier'.

Allaamah‎‎ Tabarî (R) a mentionné les commentaires des Sahaabah‎‎ (Radiyallahou anhoum‎) et Taabi'îne (R) comme Hazrat Sa'd Bin Abî Waqqaas (Radiyallahou anhou‎), Hazrat Oubaïde bin Ou'mair et Hazrat Rabi pour prouver sa déclaration.

Allaamah‎‎ Aboû Bakr Al-Jassaas (D. 370 H) a dit :

'Parfois 'Naskh' (abrogation) a lieu en ce qui concerne le Tilaawat‎‎ (seulement) et la loi reste en vigueur. Et parfois elle a lieu en ce qui concerne la loi (seulement) sans que le Tilaawat‎‎ (texte) soit enlevé'. (Ahkaam-oul-Qour'aan).

Allaamah‎‎ Aboul Qaasim Hibatoulla Bin Salaamah (D. 410 H) a écrit dans son livre "An-Naasikh wal Mansoûkh" :

"Mansoûkh a lieu de trois façons différentes dans le Qour'aan-é- Karîm :

  1.      Lorsque le texte et la loi sont tous deux enlevés.
  2.     Lorsque le texte est enlevé mais la loi est maintenue.
  3.     Lorsque la loi est abrogée mais le texte existe toujours."

Allaamah‎‎ Qourtoubî (D. 671) a dit :

"Parfois le verset est abrogé en fonction du Tilaawat‎‎ sans que la loi ne soit abrogée comme le verset concernant 'Rajm' (lapidation), et parfois il est abrogé en fonction des deux, du Tilaawat‎‎ et de la loi." (Tafsîr Qourtoubî‎‎)

Commentant une déclaration de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎), Allaamah‎‎ An Nawawî (D. 676 H) dit dans ses commentaires sur Mouslim Charîf :

"Et ceci forme partie de la catégorie des versets dont le texte a été enlevé mais dont la loi est maintenue. Et parfois il arrive que la loi soit abrogée mais que le texte reste, alors que dans certains cas il se peut que les deux soient abrogés" :

Allaamah‎‎ Jalaalouddîne As-Souyoûtî (D. 911) dit dans son oeuvre "Al-Itqaan Fi Ou'loom-il-Qour'aan" :

 "La troisième catégorie c'est quand le Tilaawat‎‎ est enlevé mais la loi est maintenue."

Allaamah‎‎ Shawkaanî (D. 1250 H) écrit dans son Tafsîr‎ du Qour'aan-é-Karîm 'Fath-oul-Qadîr' :

"La lapidation est prouvée par des ahaadîce authentiques rapportés avec "Tawaatur" (l'état de transmission d’un hadîce par d’innombrables personnes de chaque époque) et par l’unanimité des savants. Au contraire, elle est prouvée par le verset du Qour'aan-é-Karîm dont le texte a été enlevé mais que sa loi est maintenue’. (Fath-oul-Qadîr)

Cheik Mouhammad As-Saaboûni dit dans son Moukhtaçar Ibn-é-Kaçîr :

"Ces nombreux riwaayaat se renforcent mutuellement et prouvent le fait que le verset de 'Rajm' était mentionné dans le Qour'aan-é-Karîm mais après le Tilaawat‎‎ a été enlevé mais la loi maintenue."

Toutes ces citations prouvent que le Tilaawat‎‎, ou la loi ou les deux peuvent être enlevés en ce qu'il s'agit d'un Sourah ou d'un verset. Celui qui possède vraiment la connaissance d'Ouçoul‎-out Tafsîr‎ et a étudié les ahaadîce ne peut prétendre le contraire.

Accuser 'AL-HAADÎ' en dépit de toutes ces preuves c'est accuser tous les Ou'lamaa-é-Dîne de toutes les époques d'avoir erré et induit l'Oummah‎ en erreur.

Ici nous devons attirer l'attention de nos lecteurs sur une fausse déclaration faite par un de nos Imaams :

"Quand Allah Ta'aala abroge un aayat Qour'aan, li reste dans Qour'aan."

En faisant cette déclaration l'Imaam est allé à l'encontre des Ou'lamaa de toutes les époques. En fait, les Moufassirîne et les Mouhaddiçîne disent qu'un verset abrogé ne reste pas nécessairement dans le Qour'aan. Nous avons beaucoup d'exemples de cela.

D'abord selon Boukharî Charîf, Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) a dit :

"Le verset concernant la lapidation formait partie de ce que Allah Ta'aala avait révélé. Ainsi nous l'avons récité, compris et mémorisé. C'est pour cela que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a établi la lapidation et nous aussi nous l'avons établi après lui..."

Ce hadîce est aussi rapporté par Mouslim Charîf entre autres. Allaamah‎‎ An-Nawawî a commencé ce hadîce ainsi :

"Il (Hazrat Oumar(Radiyallahou anhou)) a fait allusion au verset qui dit : 'Lorsqu'un homme marié et une femme mariée commettent l'adultère, alors lapidez-les définitivement'. Et cela fait partie de la catégorie des révélations dont le texte a été enlevé mais la loi reste en vigueur'. (Sharh Mouslim d'An-Nawawî).

Allaamah‎‎ Shawkaanî dit dans Nail-oul-Autaar :

"Et celle ci (la lapidation) est aussi prouvée par la stipulation du Qour'aan qui est prouvée par le hadîce de Hazrat Oumar(Radiyallahou anhou) rapporté par ‘Djamaa'ah’ (Siha Sitta) qui dit : ‘le verset de "Rajm" (la lapidation) formait partie de ce qui a été révélé à Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Effectivement, nous l'avons récité, nous l'avons mémorisé. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a lapidé et nous aussi, nous avons lapidé après lui."

Ensuite Allaamah‎‎ Shawkaanî écrit :

"L'enlèvement de Tilaawat‎‎ (texte) ne nécessite pas l'abrogation de la loi." (Nail-oul-Autaar)

Cette dernière remarque de Shawkaanî prouve qu'un verset peut être abrogé en fonction du texte. Par ailleurs, les déclarations des Ou'lamaa que nous avons citées sont très claires pour prouver ce fait que 1'Imaam en question ignorait.

Ibn Maadjah a lui aussi fait allusion au verset de 'Rajm' et rapporte que Hazrat Oumar (Radiyallahou anhou‎) a dit :

"Effectivement j'ai déjà récité : 'quand homme marié et la femme mariée commettent l'adultère, alors lapidez les définitivement'.

Dans Nail-oul-Autaar, Allaamah‎‎ Shawkaanî a aussi fait mention du hadîce de Ibn Maadjah et il a dit qu'il se trouve aussi dans Mousnad Ahmad et il a dit qu'il est rapporté par la tante (Khala) de Aboû Oumaamah, Al-A'jma.

Selon AI-Itqaan Fi Ou'loom-il-Qour'aan d'Allaamah‎‎ Jalaalouddîne As-Souyoûtî (R), la tante (khala) d'Aboû Oumaamah Bin Sahl a dit :

"Certainement Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) nous a déjà fait réciter le verset de Rajm (lapidation) qui se lit ‘quant à l'homme marié et à la femme mariée, alors lapidez les pour la jouissance qu'ils en ont tirée."

Dans son Mou'atta, Imaam Maalik (R) a, lui aussi, mentionné le hadîce de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) concernant le fait que le verset de 'Rajm' a été révélé dans le Qour'aan.

Selon le Mousannaf Abdour Razzaaq‎‎ (126 - 211 H), Hazrat Oubayy‎ bin Ka'b (Radiyallahou anhou‎) a dit :

"Le Sourah Al-Ahzaab était presque aussi long que le sourate Al-Baqarah, sinon plus long. C'est dans ce Sourah que se trouvait le verset de Rajm."

Ce hadîce est dans Sahîh Ibn Hibbaan et Shawkaanî en fait mention dans son livre Nail-oul-Autaar.

Allaamah‎‎ Jalaalouddîne As-Souyoûtî a rapporté un hadîce de Hazrat Aa'ichah (Radiyallahou anhou‎) dans lequel elle dit :

"A l'époque de Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) le Sourah Al-Ahzaab était récité avec un nombre de 200 versets."

Aujourd'hui le Sourate Al-Ahzaab ne contient que 73 versets. Ce qui signifie l'abrogation de la différence du Tilaawat‎‎ à l'époque même de Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam).

Nous avons encore plusieurs exemples où nous voyons les textes des versets et des Sourahs enlevés. Les ahaadîce authentiques de Boukharî, Mouslim et d'autres livres d'ahaadîce en témoignent.

Nous jugeons suffisamment comme preuve l'exemple du verset de 'Rajm' pour soutenir ce que nous avons déclaré. Et cela suffit aussi pour dénoncer la fausseté de cette allégation :

"Et quand Allah Ta'aala abroge un Aayat Qour'aan, li reste dans Qour'aan."

L'exemple précité a prouvé le contraire - c'est pourquoi nous l'avons choisi.

Puisque la fausseté de cette allégation est désormais manifeste, la prétention que "si le Dou'aa-é-Qounoûte ti dans Qour'aan, li ti bisin reste dans Qour'aan' est aussi erronée. Cela suffit amplement pour montrer la pauvreté de certains en ce qu'il s'agit de la connaissance de choses élémentaires de Dîne.

Le fait que le Dou'aa-é-Qounoûte était deux Sourahs dans le Qour'aan qui ont été fait "mansoûkh" (abrogés) plus tard en fonction du texte (Tilaawat‎‎) n'avait rien d'anormal et n'était pas nouveau pour les Moufassirîne, ni pour ceux qui ont une connaissance de Ouçoul-ut-Tafsîr‎.

C'est dans la nature de l'homme que de refuser d'accepter et de croire en ce qu'il ignore. Il y a un proverbe arabe qui dit :

"L'homme est l'ennemi de ce qu'il ignore."

Très souvent, un orateur propage une certaine idée qu'il juge correcte mais quand il lui arrive de connaître la vérité, il a honte d'admettre qu'il était dans l'erreur. Au lieu de reconnaître son erreur, il dira qu'il n'a jamais entendu pareille chose. En d'autres mots, il voudrait faire croire que ce qu'il ne sait pas n'existe pas dans le Charî'ah. Or, les règlements et principes du Charî'ah n'ont point besoin de notre connaissance pour exister.

Tant que l'homme étudie, il découvrira de nouvelles choses, des choses dont il n'aura jamais entendu parler. Un poème Ourdoû dit :

Pourquoi pleures-tu ? Ce n'est que le commencement d'Ishq. Regarde plus loin ce qui va arriver."

C'est donc le devoir de tout un chacun de vérifier tous les éléments et critères avant de réfuter quoique ce soit et ce, afin de ne pas avoir à commettre beaucoup d'erreurs pour cacher une erreur commise par irresponsabilité.

Selon le Mousannaf de Abdour Razzaaq‎‎ (126-211H) Hazrat Abdoullah Bin Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) a dit :

"Certainement il y aura parmi vous quelqu'un qui dira, 'J'ai appris le Qour'aan-é-Karîm en entier'. Mais sait-il ce que c'est que 'le Qour'aan en entier' ? En fait, une bonne partie du Qour'aan-é-Karîm a été enlevée."

Ici Hazrat Ibn Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) veut nous montrer que pendant la révélation du Qour'aan-é-Karîm, le Qour'aan a fait l'objet d'abrogations en fonction du Tilaawat‎‎. Mais il nous faut bien comprendre que les abrogations sont faites par Allah Ta'aala Lui même. Nul autre que Lui n'a le droit d'abroger, de diminuer ou d'augmenter le Qour'aan et le Qour'aan n'a jamais subi de telles choses car Allah Ta'aala l'a préservé et le préservera de toute manipulation jusqu'au Qiyaamah.

Venons en au Dou'aa-é-Qounoûte. Hazrat Abdour Rahmaan Bin Abzaa a dit :

"Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou) a fait Qounoûte avec deux Sourahs (Allaahoumma innaa Nastaî'nouka... Allaahoumma Iyyaaka na'boudou) dans le Salaah de Fadjr avant le Rouk'ou." (Tahaawî)

Hazrat Abdoullah Bin Abbaas ‎ (Radiyallahou anhou‎) a dit :

"Hazrat Oumar(Radiyallahou anhou) récitait deux Sourahs (Allaahoumma h ma Nastaî'nouka... Allaahoumma Iyyaaka na'boudou) dans le Qounoûte de la Salaah Fadjr." (Tahaawî)

Abdour Rahmaan Bin Aswad-Al-Kaahili a rapporté que Hazrat A'lî‎ (Radiyallahou anhou‎) récitait ces deux Sourahs dans le Qounoûte de la Salaah Fadjr. (Abdour Razzaaq‎‎)

Abdoul Malik Bin Souwaid a rapporté que Hazrat A'lî‎ (Radiyallahou anhou‎) récitait les deux Sourahs dans le Qounoûte de Fadjr. (Ibn Aboû Chaïbah‎‎).

Nous nous arrêtons ici afin de ne pas allonger cette mise au point.

Nous faisons ressortir que le Qour'aan-é-Karîm est composé de 114 Sourahs et que le Dou'aa-é-Qounoûte ainsi que d'autres Sourahs et versets révélés ont été enlevés plus tard par Allah Ta'aala Lui-même.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.5]