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Ijtihaad
DERNIER MESSAGE ET DERNIER MESSAGER
Allah a envoyé des messagers (Alaihis Salaam) et des livres divins afin de guider l'homme. Des milliers de messagers (Alaihis Salaam) sont venus dans ce monde dont le premier est Hazrat Aadam (Alaihis Salaam) et le dernier Hazrat Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam).
Puisqu'il est le dernier des messagers, Hazrat Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est venu compléter la religion. Le 4ème verset du Sourah Maaidah qui fut révélé un vendredi à l'occasion du Hajjat-oul-Wadaa à Arafat, confirme ce fait :
"Aujourd'hui j'ai complété votre religion et j'ai accompli pour vous mon bienfait. C'est mon gré que l'Islâm soit votre religion." (5: 3)
L'Islâm, c'est aussi un code et un mode de vie. En conséquence, aucune façon de vivre que celle préconisée par l'Islâm n'est acceptable aux yeux d'Allah :
"Certes, la religion valable auprès d'Allah est l'Islâm." (3:19)
"Quiconque cherche une autre religion que l'Islâm ne sera pas accepté." (3:85)
Quand Allah dit qu'il a complété la religion, cela implique qu'il n'y aura nul besoin que vienne un autre Prophète après Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et que le Charî'ah de ce dernier est destiné à être appliqué jusqu'au dernier jour (Qiyaamah). De plus, Allah a fait un pacte avec tous les Prophètes (Alaihis Salaam) où ces derniers devraient aider Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam).
"Dieu a fait un pacte avec les Prophètes. Quand je vous envoie une part de livre et de sagesse, si un messager vient vous confirmer ce que vous savez, croyez en lui, portez-lui secours." (3:81)
Commentant ce verset, Hazrat A'lî (Radiyallahou anhou) et Hazrat Abdoullah Ibné Abbaas (Radiyallahou anhou) disent :
"Allah n'a pas envoyé un seul Prophète (Alaihis Salaam) avec qui Il n'a pas fait un pacte. S'il envoyait Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam), les autres Prophètes, s'ils vivaient encore, devraient l'accepter (avoir Îmaan en lui) et le soutenir." (Ibn Jarîr)
Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit :
"Et si Moûçaa (Alaihis Salaam) était encore vivant, il n'aurait eu d'autre choix que de me suivre." (Ahmad, Baihaqui)
I'çaa (Alaihis Salaam), lorsqu'il reviendrait dans ce monde (nouzoul-é-I'çaa) suivrait le Charî'ah établi par Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam).
Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'est pas le Messager pour une famille, une communauté ou un pays seulement, mais il est le Messager pour l'humanité tout entière :
"Dis aux hommes : Je suis pour tous l'apôtre d'Allah." (7:158)
Dans un autre verset du Qour'aan, il est dit :
"Nous ne t'avons envoyé à tous les hommes que pour annoncer et avertir." (34:28)
Tout comme le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est le Messager pour l'humanité toute entière, son message également est destiné à tous les hommes (universel).
Puisque Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est le dernier des Prophètes – Khaatamoun Nabiyyîne - toute personne qui se déclare ou prétend être un Prophète après lui n'est autre qu'un imposteur. Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit à ce propos :
"Et il y aura dans mon Oummat trente menteurs (imposteurs). Chacun dira qu'il est Prophète. Je suis "Khaatamoun Nabiyyîne" (dernier des Prophètes), il n'y aura donc aucun Prophète après moi." (Tirmîzî)
Puisque Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est le dernier des Prophètes et puisqu'il n'y aura point de Prophète à venir, il s'ensuit donc que le Qour'aan et les lois formulées à la lumière du Qour'aan sont destinés à être appliqués jusqu'au Qiyaamah. Allah dit :
"Et nous t'avons révélé le livre comme une explication de tout, un guide, une miséricorde et une bonne nouvelle pour les musulmans." (16:89)
LE ROLE DU PROPHÈTE (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ET DU HADÎCE
Allah Soubhaanahoû wa Ta'aala a révélé son message - le Qour'aan Hakîm - par le biais du Saint Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Cependant, le rôle de ce dernier ne se limitait pas à celui d'un intermédiaire. Il lui incombait également d'expliquer en détail ce message :
"Et nous t'avons révélé le zikr (Qour'aan) pour que tu expliques aux hommes ce qu'on leur révèle afin qu'ils réfléchissent." (16:44)
Le Saint Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a expliqué le Qour'aan Hakîm de par (a) ses paroles, (b) ses actions et (c) son approbation. Toutes les trois façons sont reconnues comme Hadîce, ce qui implique que le Hadîce Charîf est l‘explication et l'élaboration du Qour'aan.
Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'a pas expliqué le saint Qour'aan, guidé par son propre désir. Toutes les explications qu'il a données ont été inspirées d'Allah. Donc, tout comme le Qour'aan est la révélation d'Allah Soubhaanahouwata'aala, ses explications aussi peuvent être considérées ainsi. Allah Ta'aala dit :
"Et il ne parle pas à sa guise, mais une révélation lui est révélée." (53: 3 et 4)
Une tradition de Boukharî nous explique davantage ce fait: une fois, une femme des Banou-Asad, appelée, Oummé Ya'qoub, ayant appris que Hazrat Abdoullah Ibné Mas'oûde (Radiyallahou anhou) a maudit les femmes qui se tatouent et celles qui se font tatouer, celles qui épilent les sourcils et celles qui se liment les dents par coquetterie (il s'agit d'une pratique qui avait pour objet de bien séparer les dents de devant les unes des autres en les isolant complètement) vint trouver celui-ci et lui dit: "On m'apprend que tu as maudit telles personnes." Ibné Mas'oûde (Radiyallahou anhou) répliqua : "Pourquoi, moi, ne maudirais-je pas ceux que le Prophète (Alaihis Salaam) a maudits et qui sont maudits par le livre d'Allah ?" "J'ai lu, répliqua-t-elle, tout ce qui est entre les deux planchettes (le Qour'aan) et je n'y ai rien trouvé de tout ce que tu dis." "Si tu avais lu (le Qour'aan) vraiment, tu l'aurais trouvé", reprit Abdoullah Ibné Mas'oûde (Radiyallahou anhou) : "N'as-tu pas donc lu ces mots" :
"Prenez ce que le Messager vous donne et abstenez-vous de ce qu'il vous interdit." (59:7)
La femme reprit : "Certes, oui, je l'ai lu."
"Eh bien ! Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a interdit tout cela", répliqua Ibné Mas'oûde (Radiyallahou anhou).
Abdoullah Ibné Mas'oûde (Radiyallahou anhou) a voulu montrer ici que tous les détails ne doivent pas être nécessairement mentionnés dans le Qour'aan. L'essentiel c'est qu'il contient des principes à partir desquels peuvent être formulées des lois.
Une fois que les principes sont acceptés, tous les détails et les lois qui y sont puisés doivent être nécessairement acceptés.
Le Qour'aan considère l'obéissance au Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) comme une condition indispensable à l'obéissance à Allah :
"Quiconque obéit au Messager, obéit à Allah." (4:80)
En d'autres mots, quiconque suit le Hadîce suit le Qour'aan. D'après le principe du Qour'aan donc, toute pratique interdite par le Hadîce est interdite par le Qour'aan et nous devons à tout prix nous en abstenir. C'est précisément ce qu'a voulu faire comprendre Hazrat Abdoullah Ibn Mas'oûde (Radiyallahou anhou) à la femme venue lui questionner. Tout ceci nous donne une idée combien prudent devrait être celui qui fait le Tafsîr du Qour'aan. De plus, il nous fait comprendre qu'il n'est pas possible de faire le Tafsîr du Qour'aan sans avoir recours au Hadîce, car son Tafsîr également vient d'Allah Soubhaanahoû wa Ta'aala.
Tous ceux qui ont voulu égarer les musulmans ont à priori rejeté le Hadîce pour avoir ensuite le champ libre d'interpréter le Qour'aan à leur guise. Cette pratique a fait beaucoup de torts aux musulmans et a permis à l'infiltration des notions et des pensées contraires à l'Islâm au sein de la communauté. Dans un Hadîce, le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a prédit qu'il y aurait des gens qui lorsqu’ils seraient mis en présence du Hadîce diraient :
"Entre nous, il y a le livre d'Allah (Qour'aan). Ce que nous y trouvons halaal, nous le considérons comme halal et ce que nous y trouvons haraam nous le considérons comme haraam."
Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) nous a prévenu de ce danger et, afin d'éviter que nous tombions dans un tel piège, a dit :
"Certainement ce que le Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a déclaré haraam est comme si Allah l'a déclaré haraam." (Tirmîzî)
De ceux qui interprètent le Qour'aan à leur guise, selon leurs opinions et leurs intérêts personnels, le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit :
"Est aussi dans l'erreur celui qui exprime son opinion personnelle sur le (verset du) Qour'aan même si cette opinion coïncide avec la bonne réponse." (Tirmîzî)
Cette tradition est une sévère mise en garde à ceux qui s'adonnent à cette pratique, car elle fait clairement comprendre que celui qui interprète le Qour'aan selon ses opinions personnelles sans avoir recours au Hadîce est dans l'erreur et ce, même si ses opinions arrivent à coïncider avec la bonne interprétation. Une telle personne est dans l'erreur parce qu'elle a adopté une méthode d'interprétation dangereuse, interdite et contraire à l'enseignement de l'Islâm - une méthode susceptible d'égarer les gens. Dans l'Islâm, la fin ne justifie en aucune façon les moyens. Si la fin compte, les moyens comptent aussi bien et doivent être conformes au Charî'ah. Dans une tradition, le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit :
"Celui qui exprime son opinion personnelle sur le Qour'aan aura l'enfer comme refuge." (Tirmîzî)
NÉCESSITÉ DE IJTIHAAD
Le Qour'aan est une source de hidaayah pour tout le temps. Cependant, il n'est pas possible d'y mentionner tous les problèmes qui vont surgir au fil du temps jusqu'au Qiyaamah. Il n'est pas possible de tout mentionner même dans le Hadîce. Comment faire donc pour trouver des solutions aux différents problèmes auxquels doit faire face un croyant ? Allah n'a rien laissé au hasard. Il a pris le soin d'inclure dans le Qour'aan et le Hadîce, des principes à partir desquels peuvent être dégagées des solutions aux divers problèmes qui surgissent de temps en temps. Par conséquent, tout problème qui n'a pas été spécifié dans le Qour'aan et le Hadîce doit nécessairement être couvert par un des principes du Qour'aan ou du Hadîce.
A ce stade, une autre difficulté surgit. Comment déterminer qu'un problème tombe sous tel ou tel principe ? C'est précisément cette difficulté qui donne lieu à l'Ijtihaad.
DÉFINITION DE IJTIHAAD
Littéralement, "Ijtihaad" veut dire "faire des efforts." Mais dans la terminologie islamique, il signifie "déployer le maximum d'effort afin de trouver à la lumière du Qour'aan et du Hadîce des solutions - solutions non spécifiées explicitement dans le livre d'Allah et le Sounnah - aux différents problèmes."
LES MASAAIL (PROBLÈMES) QUI FONT L'OBJET DE IJTIHAAD
Un croyant fait face à trois sortes de problèmes (Maçaail) :
- Problème qui n'a qu'une seule solution - solution mentionnée clairement et explicitement dans le Qour'aan ou le Hadîce.
- Problème dont il y a plus d'un verdict.
- Problème dont aucune solution explicite n'est mentionné.
De ces trois sortes de problèmes, seulement le premier ne fait pas l'objet d'Ijtihaad, tandis que les deux autres (le second et le troisième) en font.
Pour ce qui est du problème No 2, il faut avoir recours à l'Ijtihaad afin de trouver quels sont les verdicts qui ont été abrogés et quels sont ceux qui ne l'ont pas été, ou encore de trouver des explications valables et plausibles dans le but de réconcilier les différents verdicts.
En ce qui concerne le problème No 3, il faut avoir recours à l'Ijtihaad afin de déterminer sous quel principe du Qour'aan ou du Hadîce il peut être appliqué afin de trouver une solution.
LA LÉGITIMITÉ DE IJTIHAAD
La tâche de Ijtihaad, selon le Qour'aan et le Hadîce, repose sur des personnes qualifiées seulement : "Si vous avez une différence, portez-le devant Allah et devant le Messager." (4:59)
Ce verset exige que nous nous référons au Qour'aan et au Hadîce pour régler nos différences. Or, nous avons vu plus haut que les solutions à tous les problèmes n'y sont pas nécessairement mentionnées d'une façon explicite. Quelle est donc la signification réelle de ce verset ? Il nous demande d'avoir d'abord recours au Qour'aan, puis au Hadîce, ensuite, si nous ne sommes pas parvenus à y trouver une solution claire, nette et spécifique, nous devons alors recourir à l'Ijtihaad afin de trouver une solution.
Allaamah Aboû Bakr Al Jassaas (R.A.), commentant ce verset, dit :
"Il y a deux façons de se référer au Qour'aan et au Hadîce. Premièrement (en se référant) au texte et deuxièmement (en ayant recours) aux significations impliquées par le texte et analysées par analogie à la lumières du texte." (Ahkaam-oul-Qour'aan).
Un autre verset répand plus de lumière sur la question :
"S'ils ne le rapportaient qu'au Messager ou aux détenteurs de l'autorité, ceux qui savent déduire, la connaîtraient." (4:83)
Dans ce verset, le mot "Istimbaat" (Yastanbitoonahou) signifie "déduire par analogie" (Ijtihaad), ce qui démontre l'importance et la légitimité de Ijtihaad. Commentant ce verset, Allaamah Aboû Bakr Al Jassaas (R.A.) dit :
Ce verset confirme l'opinion de ceux qui disent qu'il est Waadjib de faire des déductions par analogie (Ijtihaad) (pour trouver des solutions) aux (différents) problèmes" (Ahkaam-oul-Qour'aan).
Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a lui aussi approuvé la pratique de l'Ijtihaad. Une fois, alors qu'il envoyait Hazrat Mou'aaz Ibn Jabal (Radiyallahou anhou) comme gouverneur au Yémen, il lui demanda :
"Comment vas-tu juger un cas qui est porté devant toi ?"
"Je vais juger selon le livre d'Allah", dit-il.
"Si tu ne trouves rien dans le livre d'Allah ?", demanda le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam)
"(Je vais juger) d'après le Sounnah (principe) du Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam)."
"Si tu ne trouves rien dans le Sounnah du Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et dans le livre d'Allah", demanda encore le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam).
"Je ferai l'Ijtihaad et je n'épargnerai aucun effort", répondit-il.
A cette réponse, le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) se frappa la poitrine et dit : "Louanges à Allah, Celui qui a donné au délégué de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) le "Taufîq" de faire quelque chose qui fait plaisir au Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam)." (Aboû Daawoûde)
Nous avons vu jusqu'ici que dans certaines situations, il devient absolument nécessaire de recourir à l'Ijtihaad, d'où son importance. Quant à sa légitimité, nous venons de le voir ensemble à la lumière du Qour'aan et du Hadîce.
IJMA OU CONSENSUS
Un verdict émis en ayant recours à la déduction par analogie (Ijtihaad à la lumière du Qour'aan et du Hadîce) et approuvé par tous les savants est appelé "Ijma" (consensus). Ijma est classé troisième dans la hiérarchie de la loi islamique. Hazrat Abdoullah Ibné Mas'oûde (Radiyallahou anhou) dit que si le Qour'aan et le Hadîce ne sont pas clairs et spécifiques quant à la solution à un problème, nous devons alors nous référer aux verdicts des pieux :
"Donnez des verdicts d'après les verdicts des pieux." (Abdour Razzaaq)
Hazrat Oumar (Radiyallahou anhou) était du même avis (Naçaaî)
Le mot "Asswaalihoune" (les pieux) s'applique particulièrement aux Sahaabah (Radiyallahou anhoum) ici. Allah a apprécié leurs efforts, leur dévotion et leurs actions et leur a donné le certificat de :
"Allah est satisfait d'eux."
Les Sahaabah (Radiyallahou anhoum) sont ceux qu'Allah a choisis pour propager l'Islâm. Leurs verdicts méritent toute notre considération et doivent être acceptés comme des preuves concrètes. Aller à l'encontre d'un jugement qu'ils ont rendu, c'est faire preuve d'ignorance et aller tout droit vers l'égarement.
Se référant à l'Ijma, le Qour'aan utilise le mot "Sabeelil Mou'minîne" (sentier des croyants). Un verset se lit comme suit :
"Quiconque s'oppose au Messager d'Allah et suit un autre sentier que les croyants, après que lui est devenu manifeste le droit chemin, nous nous détournerons de lui comme lui-même s'est détourné, et nous le pousserons dans l'enfer." (4:115).
L'Ijma ne peut jamais être en contradiction à ce qu'Allah et son Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ont dit. Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :
"Sans doute Allah ne réunira pas ma communauté (Oummat) sur l'erreur. Et l'aide d'Allah est sur le Djamaa'ah et celui qui s'y détourne sera jeté dans le feu." (Tirmîzî)
En d'autres mots, il n'y aura jamais consensus sur quelque chose qui n'est pas conforme au Charî'ah. Il s'ensuit donc que la décision de "Ijma" ne sera jamais en contradiction avec le Charî'ah.
L'APTITUDE DE COMPRENDRE LE CHARÎ'AH
Le niveau d'intelligence et l'aptitude varient d'une personne à une autre. Allah Ta’aala dit dans le Qour'aan : "Il donne la sagesse à qui Il veut." (2: 269)
Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit qu'il y a trois catégories d'hommes par rapport à leurs aptitudes d'acquérir la connaissance :
"Le guide (Hidaayah) et la science (connaissance) qu'Allah m'a donnés comme mission de répandre sont comparables à une pluie abondante qui arrose le sol. Là où il se trouve un terrain fertile, l'eau est absorbée et les plantes, herbes et arbustes y poussent en grand nombre. Ailleurs, il est des endroits peu perméables qui retiennent les eaux. Allah les fait servir aux hommes à boire, à abreuver les animaux et à cultiver. Enfin, il existe une autre catégorie d'endroits où l'eau tombe. Ce sont des terrains plats et rocheux qui ne retiennent pas les eaux et où il ne pousse aucune herbe. De même, il y a trois catégories d'hommes : (1) ceux qui sont instruits dans la religion d'Allah et qui profitent des choses pour lesquelles Allah m'a envoyé — qui ont appris et ont enseigné ; (2) ceux qui savent et qui enseignent ; (3) ceux qui ne daignent pas lever la tête et qui n'acceptent point la voie droite qu'Allah m'a envoyé leur apporter.'' (Boukharî).
Imaam Nawawî (R.A.), à la lumière de cette tradition, dit qu'il y a trois catégories de personnes :
- Des gens instruits et intelligents qui pratiquent et propagent ce qu'ils savent.
- Des gens qui ont une très bonne mémoire, mais moins intelligents que ceux de la première catégorie pour faire, à la lumière de leur connaissance, des déductions par analogie. Cependant, les autres peuvent bénéficier de ce qu'ils ont mémorisé.
- Des gens non-instruits et de qui personne ne peut tirer des bénéfices.
Pour Imaam Nawawî, les gens de la première catégorie sont des érudits (Ou’lamaa), ceux de la deuxième sont des narrateurs qui, malgré leur bonne mémoire, ne possèdent pas la faculté d'analyse et de la déduction par analogie et ceux de la troisième sont des gens ordinaires - le grand public- dépourvus de connaissance sur la religion et qui, en conséquence, ne peuvent rien transmettre aux autres (commentaire de Mouslim Charîf de Imaam Nawawî).
Fiqhouddeen (comprendre le Charî'ah) ou hikmah (la sagesse) est un grand cadeau dont tout le monde ne possède pas : Allah dit :
"Celui à qui la sagesse a été donnée bénéficie d'un grand bien." (2: 269)
A son tour, le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :
"Celui à qui Il veut du bien, Allah lui fait acquérir la science (compréhension - fiqh) dans la religion." (Boukharî)
Puisqu'il n'est pas l'heureux sort de tout le monde de pouvoir acquérir le fiqh et le hikmah, il s'ensuit donc qu'il ne convient pas à n'importe qui de faire de déduction par analogie à la lumière du Qour'aan et du Hadîce. En d'autres mots, tout le monde n'est pas apte à faire l'Ijtihaad. Seulement ceux qui sont qualifiés peuvent le faire.
QUALIFICATIONS REQUISES POUR FAIRE L'IJTIHAAD
Les savants ont énumérés les qualifications requises pour qu'une personne soit considérée comme un Moudjtahid. Cependant, avant de les voir en détail, il serait bon de signaler que la piété (Taqwaa) est une des qualités indispensables. Allah répand sur le Mouttaqui (la personne pieuse) une lumière qui lui permet de distinguer la vérité (Haq) du mensonge (Baatil), la lumière (Noûr) de l'obscurité (Zoulmat). C'est précisément cette lumière qu'Allah appelle "Fourqaan" dans le Qour'aan :
"Si vous craignez Allah, Il vous accordera la possibilité (le moyen) de distinguer le bien du mal." (8: 29)
Dans un autre verset, il est dit :
"Parmi les serviteurs d'Allah, les savants sont seuls à le craindre." (35: 28)
Voyons maintenant ce que dit le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) sur le mot "Noûr" (lumière) :
"Le coeur s'élargit lorsque la lumière y pénètre."
Il (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a aussi dit qu'il y a trois signes qui montrent que la lumière (Noûr) a pénétré dans le coeur d'une personne :
"L'éloignement de l'endroit de la déception (le monde), l'inclination vers le monde éternel et la préparation de la mort avant qu'elle ne survienne."
C'est à partir de cette tradition que Hazrat Moujaahid (R.A.) a défini un Faqîh de la façon suivante :
"Un Faqîh n'est autre que celui qui craint Allah." (Daarimî).
Hazrat Hassan Basrî (R.A.) était du même avis que Hazrat Moujaahid (R.A.) (Oumdat-oul-Qaari - Vol. 2, page 29).
"Taqwaa" est donc une qualité essentielle, voire indispensable, chez un Moudjtahid. Mais vu qu'elle n'est pas visible, les savants n'ont mentionné que les critères visibles. Un Moudjtahid donc doit :
- Être un musulman majeur et saint d'esprit.
- Savoir la psychologie des gens, surtout celle relative aux mentalités et aux manières.
- Avoir une grande connaissance de la langue arabe, qui comprend l'étymologie, la morphologie, la grammaire et la rhétorique.
- Avoir une connaissance profonde du Qour'aan.
- Avoir une connaissance profonde du Hadîce qui comprend le texte et aussi les chaînes de transmission,
- Savoir quelles sont les lois abrogées (Mansoûkh) et quelles sont celles (les lois) qui ont abrogé les lois précédentes (naasikh).
- Savoir les règlements et les principes d'analogie (Raddoul Moukhtaar),
Hazrat Oumar Ibn Abdoul Aziz (R.A.) dit :
"Le Qaazî doit posséder cinq qualités. Si l'une d'elles lui fait défaut, il est indigne de ses fonctions. Il doit être intelligent (sage), calme, chaste, ferme, instruit et avide de science (connaissance)." (Boukharî).
Allaamah Tajouddeen Soubki (R.A.), un éminent savant du 10ème siècle Hidjrî, commentant sur l'étude de Hadîce à son époque dit : "De nos jours, ceux dont l'intelligence est moyenne pensent qu'ils ont tout appris sur le Hadîce après avoir étudié Mashaariq-oul-Anwaar. Et celui qui a étudié "Masaabeeh" de Allaamah Baghwi est considéré comme étant un Mouhaddîce (savant ou docteur en Hadîce). Tout cela n'est qu'à cause de leur ignorance de ce qu'est vraiment le Hadîce. Ne peut être pris pour un Mouhaddîce même celui qui a appris ces deux livres par coeur, ainsi que d'autres textes, même le double, aussi longtemps qu'un chameau ne peut passer par le chas (trou) d'une aiguille."
Pour Allaamah Soubki (R.A.), un Mouhaddîce doit :
- Savoir la chaîne de transmission des ahaadîce.
- Savoir les critères qui affectent l'authenticité d'un Hadîce.
- Avoir une certaine connaissance sur les narrateurs de Hadîce.
- Savoir quels sont les ahaadîce dont les chaînes de transmission sont proches du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et ceux dont les chaînes de transmission sont lointaines.
- Avoir mémorisé une quantité importante des ahaadîce et avoir fait, en sus des livrets traitant sur des sujets spécifiques, l'audition (écouté la récitation par des Cheïkh-oul-Hadîce) de Siha Sitta, Mousnad Ahmad, Baihaqui et Tabraanî.
Ce sont les qualifications minimum requises pour être considéré comme un Mouhaddîce selon Allaamah Soubki (R.A.). (Extrait de Fataawaa Abdoul Hay).
Si telle était la situation concernant la connaissance de la religion (I'lm-é-Dîne) à cette époque, quelle serait donc la situation de nos jours ? Le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :
"Allah ne fera pas disparaître la science (connaissance) en l'enlevant directement aux hommes, mais il la fera disparaître en faisant disparaître les savants, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un. Alors, les hommes prendront pour chefs des ignorants qui, interrogés, répondront sans la moindre science, s'égarant eux-mêmes ainsi et égarant les autres." (Boukharî)
Commentant ce Hadîce, Hazrat Qaazî Iyaadh (R.A.) dit que cette prédiction du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) s'était déjà réalisée à son époque. De ce commentaire, Cheïkh Qoutoubuddeen dit que telle était la situation à cette époque en dépit de nombreux savants qui y vivaient. De son côté, Cheïkh Allaamah Badrouddîne (R.A.) dit :
"Si telle était la situation en un temps où il y avait beaucoup de savants, de juristes des quatre mazaahib et de très grands Mouhaddiçîne, quelle serait donc la situation de nos jours, où les ignorants donnent le fatwa et enseignent dans les Madrassahs ?" (Oumdat-oul-Qaari - Vol. 2, page 83).
Allaamah Badrouddîne, l'auteur d'Oumdat-oul-Qaari, était un éminent savant du 9ème siècle Hidjrî. L'analyse qu'il a faite, relative à la connaissance de la religion à son époque et à celle qui l'a précédée, appelle à la réflexion suivante de notre part :
"Quelle est la position, en ce 15ème siècle Hidjrî, de la connaissance sur la religion ?" La réponse est trop évidente. Nous vivons à une époque où les gens apprennent la religion superficiellement et comme un passe-temps. Ils pensent qu'il est facile, parce que l'Islâm est simple et enseigne la simplicité, d'acquérir la connaissance sur l'Islâm et que celle-ci se limite l'étude de quelques livrets. Ils se trompent lourdement à ce sujet."
Ce n'est pas tout. Il y a une autre maladie grave qui ronge la communauté. L'éducation et la formation islamique de la plupart des musulmans sont défectueuses et empreintes de l'influence malsaine de l'Occident. Et comble de malheur, ils osent s'aventurer à expliquer l'Islâm à la lumière de cette connaissance polluée et contaminée ! Cette méthode d'analyse ne nous aidera pas à comprendre l'Islâm mieux que les écrivains occidentaux l’aient compris. Pour comprendre le problème humain, il faut avoir un coeur humain. De la même manière, pour comprendre l'Islâm, il faut avoir une éducation et une formation islamiques !
[Extrait de AL HAADÎ Vol.1 No.3]
