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Usages de l'argent d'intérêt
Q. Est-ce qu'une institution islamique a le droit de percevoir des intérêts sur l'argent du Zakaat ? Quels usages peut-on faire des intérêts ? Est-ce qu'un Imaam peut utiliser les intérêts pour ses fréquents déplacements à l'étranger ?
R. L'intérêt ou l'usure est catégoriquement haraam. Dans le verset 279 du Sourah 2 du Qour'aan-é-Karîm, Allah Ta'aala nous enseigne que toute transaction qui comporte intérêt est analogue à une déclaration de guerre contre Allah et Son Raçoul (Sallallaahou A'laihi Wasallam).
Le Jour du Qiyaamah, ceux qui prennent les intérêts sortiront de leurs qabars (tombes) comme des gens affolés par l'attrape de chaïtaan. Dans un Hadîce Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit qu'un dirham d'intérêt est pire que trente-six fois la commission du Zinaa. Dans un autre Hadîce le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit que l'intérêt comporte 70 degrés (de péché) et le degré le plus inférieur équivaut à la commission du Zinaa avec sa mère.
De plus, à l'occasion du Mi'raadj, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), avait vu un peuple en enfer dont les ventres étaient comme des maisons dans lesquelles il y avait des serpents qu'on pouvait voir de l'extérieur. Interrogé à ce propos, Hazrat Djibrîl (Alaihis Salaam) expliqua à Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) que c'était des gens qui se nourrissaient à partir de l'argent provenant des intérêts.
Il faut savoir que le "Ribaa" (l'intérêt) n'est pas uniquement la somme additionnelle qu'on réclame d'un débiteur sur la somme qu'il avait empruntée. Il est vrai que c'était cette forme de "Ribaa" qui était en vigueur au moment de la révélation du Qour'aan-é-Karîm. Mais le Charî'ah a inclus d'autres transactions dans le "Ribaa" alors qu'autrefois on ne les considérait pas comme tel. La loi islamique a établi comme principe que tout bénéfice qui résulte d'un prêt est considéré comme "Ribaa." Il est important de le souligner car certaines organisations ne prennent pas les intérêts (en termes d'argent) mais, par contre, ils acceptent des dons qui proviennent des banques. Il est évident que, d'après le Charî'ah, ces dons sont considérés comme "Ribaa" car ils ont été faits parce que ces organisations ont de l'argent dans ces banques. Il est à noter que l'argent qu'on place en banque est considéré comme un prêt qu'on fait à la banque.
Autre exemple de Ribaa : On prête de l'argent à un commerçant. Quand on va faire des achats chez lui, il vous fait payer moins cher. Dans ce cas aussi toute réduction de prix qui est motivée par ce prêt est considérée comme Ribaa.
Dans un Hadîce Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit que quand quelqu'un accorde un prêt, il ne doit accepter aucun cadeau en retour.
D'autre part Hazrat Aboû Bourda (Radiyallahou anhou) dit :
"Je suis arrivé à Madînah et j'ai rencontré Hazrat Abdoullah bin Salaam (Radiyallahou anhou). Il m'a dit alors : 'tu es dans un endroit où le Ribaa est très à la mode. Donc si tu as une réclamation à faire de quelqu'un et s'il t'offre en cadeau un tas de pailles, d'orges ou d'herbes, ne le prends pas'."
Il est donc évident après ces explications que toute donation faite ou tout cadeau offert par une personne, organisation ou institution avec qui l'on a de l'argent ou autre chose est considéré comme Ribaa d'après le Charî'ah. Il est à noter que sont aussi considérés comme Ribaa les plumes, calendriers et autres petits (ou même grands) cadeaux que les clients reçoivent parfois de leurs banques.
Toutefois si l'habitude d'offrir des cadeaux existait entre deux personnes avant toute transaction (prêt/emprunt), toute donation faite après l'emprunt ne sera pas considérée comme Ribaa. C'est ce qui ressort d'un Hadîce de Ibn Maadjah rapporté par Hazrat Anas (Radiyallahou anhou) où Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit :
"Si quelqu'un parmi vous accorde un prêt (à quelqu'un) et on lui offre un cadeau ou une place sur sa monture alors il ne doit ni monter ni l'accepter (le cadeau) à moins que cette pratique (d'offrir des cadeaux) existait auparavant entre vous."
Il est donc haraam d'accepter des cadeaux et les intérêts offerts par la banque ou des donations ou cadeaux qui ne sont motivés qu'à cause de l'argent déposé en cette banque. Ceci s'applique à tout musulman bien sûr mais surtout aux organisations dits islamiques qui de par leurs activités, risquent de projeter un mauvais visage de l'Islâm quoique logiquement 1'Islâm ne doit pas être jugé à partir de ce que font ces organisations pseudo islamiques.
De leur côté les musulmans doivent faire preuve de beaucoup de prudence avant de confier leur Zakaat à toute organisation car au cas où le Zakaat est disposé irresponsablement les donateurs seront aussi tenus coupables devant Allah Ta'aala parce qu'ils auront contribué quoique indirectement à la commission du péché de "Ribaa."
Maintenant si on se voit dans une situation où on n'a pas d'autres recours que de garder son argent dans une banque où on va percevoir des intérêts et si, après réflexion on voit que si on ne prend pas les intérêts, cet argent pourrait être utilisé comme une "arme" contre l'Islâm ou pour détruire ou handicaper la promotion de l'Islâm alors, à ce moment-là c'est un devoir de détruire cette "arme." Comment doit-on détruire cette arme ?
Voyons un événement qui eut lieu à l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Quand les romains et les persans étaient en guerre, les musulmans souhaitaient la victoire des romains que étaient, quand même, les "Ahl-é-Kitaab" (les gens du livre) et proches de l'Islâm. Hazrat Aboû Bakr (Radiyallahou anhou) avait fait un pari avec les Moushrikîne. En effet, il avait affirmé que les romains allaient être victorieux du fait qu'Allah Ta'aala avait déjà prédit leur victoire. Naturellement Hazrat Aboû Bakr (Radiyallahou anhou) gagna son pari. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) lui ordonna alors de faire "Sadaqah" et "Khaïraat" des bénéfices découlant de ce pari du fait que c'était "souht" (impur ou argent mal acquis). Se basant sur cet événement et le verdict de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) les Ou'lamaa ont conclu que les intérêts acquis dans les situations susmentionnées doivent aussi être disposés de la même façon c.à.d. en faisant sadaqah et Khaïraat.
On n'a pas le droit d'utiliser cet argent impur (les intérêts) pour ses dépenses personnelles. L'Imaam en question comme n'importe qui n'a donc pas le droit d'utiliser les intérêts pour ses déplacements à l'étranger ou autres dépenses personnelles. Il est à noter que la façon mentionnée pour se débarrasser de l'argent haraam y compris les intérêts doit être prise comme un moyen seulement et non pas comme un but. Ce qui veut dire que si par exemple, on garde son argent en banque avec l'intention d'utiliser les intérêts pour aider les pauvres alors c'est une déviation de l'esprit de cette loi de nécessité et aussi un abus qui est catégoriquement haraam.
Dans ce monde il est peut être facile de trouver toutes sortes de prétextes pour justifier nos actions mais il faut bien nous mettre dans la tête qu'Allah Ta'aala sait mieux que nous-mêmes de ce que nous avons dans notre for intérieur car n'oublions pas qu'Il va même séparer l'eau du lait (liquide) dans l'Aakhirah.
Qu'Allah Ta'aala nous aide à différencier entre ce qui est halaal et ce qui est haraam. (Aamîne)
[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.2]
