Le Khoutbah du Djoum'ah en créole est-il permis en Islâm ?

LE KHOUTBAH EN ARABE- UN SOUNNAH

Quand tous les Ou'lamaa disent qu'il est Sounnah de faire le khoutbah en arabe, alors pourquoi faut-il insister pour le faire en créole ? Allah Ta'aala ne veut pas que nous soyons divisés. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a toujours voulu unir les musulmans. Autant que possible, nous ne devons pas faire des choses pour rompre l'unité. Faire le khoutbah en créole est devenu une chose qui divise les musulmans qui sont déjà divisés en plusieurs factions. Faire le khoutbah en créole n'est ni Sounnah ni moustahab. Pourquoi abandonner un Sounnah pour le remplacer par une pratique qui n'est même pas moustahab ? Un bon musulman qui veut l'unité au sein de la communauté musulmane ne peut faire une chose pareille.

L'OPINION DES AIMMAH

  • L'école de pensée Hanafite :

On n’a pas le droit de faire le khoutbah dans une langue autre que l'arabe.

  • L'école de pensée Hambalite :

On n'a pas le droit de faire le khoutbah dans une langue autre que l'arabe.

  • L'école de pensée Chaafi'ite :

Il est nécessaire de faire le Hamd (louange) d'Allah et le Douroûde Charîf en langue arabe dans le khoutbah. Outre cela, il est Sounnah de se servir de la langue arabe. Selon une autre opinion qui a été considérée comme étant plus correcte, il faut faire le khoutbah en langue arabe pour que le khoutbah soit compté.

  • L'école de pensée Malikite :

Le khoutbah doit être en langue arabe.

Ainsi d'après les 4 écoles de pensée, on n'a pas le droit de faire le khoutbah dans une langue autre que l'arabe. Donc, il n'est pas permis de faire le khoutbah en créole.

LA SALAAT-OUL-DJOUM'AH ET LE KHOUTBAH EN CRÉOLE

On ne doit pas accomplir le Djoum'ah là où on fait le Khoutbah en créole parce que faire le khoutbah dans une langue autre que l'arabe est contre le principe de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et la pratique adoptée par tous les musulmans de toutes les époques. Faire le khoutbah en créole est une pratique qui est en conflit avec le principe qui a toujours été adopté par l'Oummah‎ depuis l'époque de Nabî‎‎ (Sallallaahou A'laihi Wasallam). C'est quelque chose de grave pour l'Oummah‎ dans son ensemble et surtout très grave pour la personne qui a introduit ce principe. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Celui qui introduit un mauvais principe dans l'Oummah‎ aura le péché pour ce qu'il a commis aussi bien que le péché de tous ceux qui adoptent ce même principe après lui."

Sans doute, faire le khoutbah en créole est un Bid'ah (innovation) et un mauvais principe qu'il faut éviter à tout prix.

L'UNITÉ ET LE KHOUTBAH EN CRÉOLE

La langue arabe c'est la langue du Qour'aan-é-Karîm et des ahaadîce. C'est la langue des Djannahi - c'est cette même langue qui peut unir l'Oummah‎ au niveau international. La langue dont l'Oummah‎ se sert dans les Ibaadah‎, c'est la langue arabe. Le khoutbah aussi est un Ibaadah‎ important à tel point qu'on a interdit toutes transactions et occupations mondaines afin qu'on puisse l'écouter. Le zikr ou Ibaadah‎ de khoutbah a toujours été accompli en langue arabe depuis l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Le changement de langue pour le khoutbah représente un changement dans la structure même de cet Ibaadah‎. Changer la structure d'un Ibaadah‎ est très grave, allant même jusqu'à invalider l'Ibaadah‎ lui-même. C'est tout comme si on faisait 4 Rak'aat pour la Salaah de Maghrib au lieu de 3.

Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit : "Celui qui introduit quelque chose d'étranger à notre système, alors il est rejeté." (Boukharî) Faire le khoutbah en créole ou dans une autre langue à part l'arabe est quelque chose d'étranger. C'est une pratique inacceptable qui subdivise la communauté qui elle même est déjà déchirée et divisée et cela sans aucune utilité, sans aucun profit, sans aucun avantage. Bien au contraire cela crée la haine, la rancune et l'ennemité au sein de l'Oummah‎.

Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est allé même jusqu'à abandonner les choses recommandées et louables juste pour que l'Oummah‎ ne tombe pas dans la confusion et pour qu'il n'y ait pas de dissension. Par exemple, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) avait abandonné l'idée de construire le Ka'bah Charîf d'après le plan original de l'époque de Ibraahîm (Alaihis Salaam). Et cela juste pour qu'il n'y ait pas de dissension et que les gens ne tombent pas dans la confusion. Combien est-il important d'abandonner maintenant la pratique du Khoutbah en créole, pratique qui ne bénéficie même pas du statut de Moubaah‎ et qui ne présente aucun bénéfice sinon l'inconvénient de créer la division et la confusion ?

LE KHOUTBAH - PAS UNE CAUSERIE

Le khoutbah n'est pas une causerie comme toute autre causerie. Il n'est pas nécessaire que l'audience comprenne le contenu pour qu'il soit valide. Si on a fait le khoutbah devant des sourds cela n'empêchera pas le khoutbah d'être valide. Ceci parce que la portée du zikr dans le khoutbah est plus importante. C'est pour cela que dans le Qour'aan-é-Karîm et le hadîce, on l'a surnommé zikr.

Si on le prend dans le sens d'une causerie ordinaire comme toute autre causerie, alors il n'est pas trop loin cette époque où on diffusera une causerie sur un écran dans le Masjid au lieu de faire venir quelqu'un pour faire le khoutbah. Il en sera ainsi quand nous dirons que le khoutbah est une causerie et une causerie doit être comprise et que nous devrons le faire dans une langue que tout le monde comprend. La nouvelle génération perpétuera ce raisonnement et elle dira que le khoutbah est une causerie et l'essentiel dans une causerie est de transmettre le message. Alors, il n'est pas nécessaire de faire venir quelqu'un pour cela. On pourra le faire à travers une cassette, une vidéo ou tout autre moyen disponible à cette époque. Quand une grande personnalité fera un court séjour chez nous, alors on lui fera faire un khoutbah dans un endroit et on le diffusera dans tous les autres Masjids‎. A cette époque là, nos Masjids‎ deviendront des salles de cinéma (Naoûzoubillah).

Normalement, il y a deux aspects dans le khoutbah : l'aspect de zikr et celui de tazkeer (causerie). Le premier exige qu'on le fasse en langue arabe tout comme on fait le Tasbîh‎‎ - Soubhaanallaah, Alhamdoulillaah, Allahou Akbar et le Douroûde Charîf, etc. Maintenant quand on envisage le deuxième aspect, il nous est demandé de le faire dans une langue que tout le monde peut comprendre. Là on se trouve dans un dilemme. Si on le fait en langue locale, on négligera l'aspect de zikr et si on le fait en langue arabe on négligera l'aspect de tazkeer. Alors, on doit voir de près lequel des deux aspects a priorité. Pour cela, il faut voir lequel des deux est plus fort. Si on le fait en langue locale, on trouve que certains sont d'accord alors que d'autres ne le sont pas. On voit surtout que les quatre Aimmah - Imaam Aboû Hanîfah‎, Imaam Malik, Imaam Chaafi'î et Imaam Ahmad Bin Hambal (RA) ne sont pas d'accord avec le principe de faire le khoutbah dans une langue autre que l'arabe. Par contre, si on le fait en arabe, il n'y a personne qui dise qu'il ne sera pas valide. Cela nous montre aussi que l'aspect de zikr est prédominant dans le khoutbah. Donc, il est tout à fait normal et logique qu'on donne priorité et plus de considération à l'aspect de zikr et de ce fait le khoutbah doit se faire en langue arabe seulement. De cette façon, il est valide auprès de tout un chacun. Un principe qui est permis et acceptable à tout un chacun garantit plus d'harmonie et donc mérite plus de considération qu'un principe qui amène la dissension et le bouleversement. Maintenant pour résoudre le deuxième aspect plus faible du khoutbah, on a la pratique de faire une causerie à côté du mimbar qui date de l'époque de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎). De cette façon, on a pris en compte chacun des deux aspects du Khoutbah selon leur mérite et degré d'importance.

UNE CAUSERIE AVANT LE KHOUTBAH

La pratique de faire une causerie avant le khoutbah date de l'époque de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎). Hazrat Tameem Daari avait l'habitude de faire une causerie à côté du mimbar jusqu'à l'arrivée de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) qui faisait le khoutbah sur le mimbar. Donc, la pratique de faire une causerie à côté du mimbar avant le khoutbah sur le mimbar, comme il en est la pratique chez nous, existait pendant le "khaïr‎‎-oul-Qouroun" (meilleures époques) et elle a été approuvée par le deuxième calife de l'Islâm, Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎). Une pratique qui a été autorisée et approuvée par les califes ou un calife est Sounnah selon les dires même de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) : "suivez mon Sounnah et les Sounnah de mes califes.... "

Allaamah‎‎ Ibn Taimiyyah a dit que suivre le Sounnah des califes c'est absolument obéir à Allah Ta'aala et Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Donc dans cette optique, la pratique courante de faire une causerie à côté du mimbar avant le khoutbah sur le mimbar est conforme au Sounnah.

Voila comment la causerie faite à côté du mimbar en langue locale nous permet de réaliser l'objectif même fixé par ceux qui font le khoutbah en créole. En cela sans aller à l'encontre du Sounnah !!

 [EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.4 No.4]