Il vaut mieux suivre aveuglément une personne qui voit que de suivre, les yeux grands- ouverts, un aveugle

Dans une des éditions de 'Al-Jamiat', l'organe du JUM (Jamiat-oul-Ou'lamaa de Maurice) en langue créole qui est distribuée gratuitement à travers l'île, on a publié une citation qui se lit comme suit,

"Vaut mieux suive aveuglement quelqu'un qui trouve clair ki suive ene aveugle lizie ouvert !"

(Il vaut mieux suivre aveuglément une personne qui voit que de suivre, les yeux grands- ouverts, un aveugle !)

Suite à cela, on a reçu une lettre sollicitant une explication sur la portée de cette expression. Alhamdoulillaah, une réponse forte détaillée fut publiée dans une édition de "Al-Jamiat", que nous reproduisons ici, en français, pour le bien-être de chaque musulman.

Q. Vous dites : "Il vaut mieux suivre aveuglément une personne qui voit que de suivre, les yeux grands ouverts, un aveugle !", alors dites nous :

a)    Qui est celui qui voit qu'on peut suivre aveuglément et qui est celui qui est aveugle qu'on ne doit pas suivre, même les yeux grands ouverts ?

b)    Quelle preuve avez-vous du Qour'aan, Sounnah, Ijmaa-ous-Sahaabah‎ ou Qiyaas pour démontrer que ce que vous dites est une obligation (c.à.d. Il vaut mieux suivre...) et que cela est conforme aux principes de l'Islâm ?

c)     Y a-t-il une preuve quelconque dans la Charî'ah qui affirme que quelqu'un qui ne suit pas aveuglément une personne qui voit {à l'exception de Hazrat Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam)} est nécessairement un aveugle (qu'on n'a pas le droit de le suivre) ?

R. Avant de répondre à vos questions, qui sont d'une certaine importance et non sans intérêt permettez moi de vous donner une petite explication sur la déclaration ou formule qui vous a fait poser tant de questions !

"Il vaut mieux suivre aveuglément une personne qui voit que de suivre, les yeux grands ouverts, un aveugle."

C'est une formule pour faire une comparaison entre deux types de personnes. La première s'engage avec une personne qui maîtrise bien son sujet et qui possède la compétence requise. Alors, elle peut tout laisser entre les mains de celle qui a la compétence. La deuxième est une personne qui supposément sait raisonner mais qui s'engage malheureusement avec quelqu'un qui n'a pas les compétences requises dans son domaine.

Logiquement, la première personne réussira dans ses démarches tandis que pour la deuxième personne, il n'y a aucune garantie de réussite. Au fait, elle s'achemine vers une défaite imminente.

Prenons l'exemple d'une voiture conduit par un bon chauffeur. Celui qui voyage dans cette voiture peut même dormir pendant tout le trajet et peut être sûr qu'il arrivera à destination sain et sauf. Par contre un passager, même avec les yeux grands ouverts ne peut éviter la chute dans un précipice si le chauffeur n'est en fait qu'un chauffard (qui ne sait pas tenir le volant). Pour faire une comparaison entre ces deux exemples on peut dire "Il vaut mieux voyager, les yeux fermés, dans une voiture conduit par un bon chauffeur que de voyager, les yeux grands ouverts dans une voiture conduite par un chauffard."

Quand une personne dort dans un avion, un bus ou dans une voiture, nul ne dira qu'elle a tort. Bien au contraire tout le monde dira qu'elle a parfaitement raison. Elle n'est nullement dans l'erreur parce que la personne qui a pris la responsabilité de mener l'engin (l'avion ou la voiture) a la compétence voulue. Par contre, toute personne intelligente et qui sait raisonner donnera tort à celui qui voyage en se fiant à un mauvais chauffeur. Même si le passager reste éveillé tout le long du trajet il n'est pas en sécurité. Dans cet exemple, c'est la personne qui dirige qui fait la différence et non le passager. En ce qui concerne le Dîne, on peut dire que quelqu'un qui suit une personne compétente est dans une meilleure position que celui qui semble comprendre mais qui malheureusement suit une personne qui n'a point de compétence.

Pour être plus explicite, cela s'applique aux prêcheurs et enseignants qui disent qu'on n'a pas le droit de suivre les Imaams tel que Imaam Aboû Hanîfah (RA), Imaam Chaafi'î (RA), Imaam Malik (RA) et Imaam Ahmad bin Hambal (RA) et de d'autre part ils veulent que les gens se conforment à leurs paroles et les suivent dans leur déclaration :

"On n'a pas le droit de suivre les Imaams."

Maintenant si les gens écoutent ces enseignants qui disent ne pas être des Aa'lim (et qu'il n'y a pas d'Aa'lim à Maurice), cela signifie que les gens ont cessé de suivre les Imaams d'auparavant sur une simple déclaration de quelqu'un qui n'est même pas un Aa'lim. N'est ce pas une autre façon de suivre ? L'exemple cité avant s'applique dans le contexte actuel où on peut dire qu'il vaut mieux que les gens suivent aveuglément les grands et célèbres Aimmah tels que Imaam Aboû Hanîfah (RA), Imaam Chaafi'î (RA), Imaam Malik  (RA) et Imaam Ahmad bin Hambal  (RA), ceux qui Allah Ta'aala a accordé un don extraordinaire dans la compréhension, l'analyse et l'interprétation du Qour'aan-é-Karîm et des ahaadîce de Nabî‎‎ (Sallallaahou A'laihi Wasallam), plutôt que de suivre, les yeux grands ouverts, des enseignants qui ne sont même pas des Aa'lim et dont la connaissance ne représente rien devant celle des savants mentionnés plus haut.

De nos jours, beaucoup de gens pensent qu'ils ont compris le Dîne et qu'ils peuvent faire des recherches. Comme bagage de Dîne, ils n'ont appris rien d'autre qu'une ou deux traductions littérales. Ils doivent savoir que la pratique du Dîne à travers les Aimmah est tellement nécessaire et importante que les grands savants de Tafsîr, savants de ahaadîce et les grands juristes n'ont pas eu d'autre choix que de suivre un Imaam. Par exemple, Allaamah‎‎ Aboû Bakr Al-Jassaas, Ibn Khouzaïmah, Aboû Thaur, Allaamah‎‎ Tahaawî, Allaamah‎‎ An-Nawawî, Allaamah‎‎ Jalaalouddîne As-Souyoûtî, etc. ont tous suivi un Imaam.

Il faut admettre que c'est une vérité que beaucoup de nos jeunes ignorent. La raison c'est que les enseignants sont en train de dissimuler cette vérité. Nous ne comprenons pas dans quel intérêt ils le font. Peut être parce que si les jeunes et le public en général arrivent à le découvrir, alors ils commenceront à réfléchir et ils se diront que si de tels grands personnalités ont suivi les Imaams alors qui sommes nous pour ne pas agir de la même façon. Donc, l'exemple s'applique aussi dans ce contexte - qu'il vaut mieux suivre aveuglément les Aimmah d'auparavant qui étaient bien avisés, que de suivre les yeux ouverts ceux qui ne savent absolument rien.

Réponse 1

Celui qui voit et qui mérite d'être suivi aveuglément ce sont les Moudjtahid. Un Moudjtahid est quelqu'un à qui Allah Ta'aala a accordé une aptitude extraordinaire afin de comprendre, d'analyser et d'interpréter le Qour'aan-é-Karîm et les ahaadîce de Nabî‎‎ (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Ceux qui n'ont pas atteint ce degré d'aptitude sont comme des aveugles comparés à la connaissance d'un Moudjtahid. Il ressemble à une girafe qui peut être haut de taille mais qui n'est qu'un nain devant une toute petite colline. Cela veut dire que quand on a des Aimmah Moudjtahid comme les 4 Aimmah, il vaut mieux qu'on les suit, même s'il faut le faire aveuglément, au lieu de suivre des prédicateurs ou enseignants de nos jours qui, du point de vue de leur connaissance, compétence et piété ne ressemblent en rien aux Aimmah.

Réponse 2

Allah Ta'aala dit dans le Qour'aan-é-Karîm : "Demandez à ceux qui savent quand vous ne savez pas." (21:7)

 D'après ce verset, quand quelqu'un ne sait pas ou n'a pas la connaissance requise, il faut qu'il demande à celui qui sait. L'essentiel c'est de suivre le Dîne. Si on ne peut avoir la connaissance par soi, alors il faut l'acquérir à travers quelqu'un d'autre. Il est évident que tout le monde n'a pas la connaissance qu'il faut pour suivre le Dîne, de lui-même, sans l'aide d'un autre. Ceux-là doivent impérativement suivre le Dîne à travers celui qui a la science islamique. S'il fallait qu'une personne suive le Dîne à travers ses propres recherches, un bon nombre n'aurait pu le faire. Puisque tout le monde n'a pas la, capacité de le faire, Allah Ta'aala n'a pas imposé quelque chose qui soit au-delà de la capacité de son serviteur. Ce qui signifie que ceux qui n'ont pas les compétences nécessaires, doivent suivre le Dîne à travers quelqu'un qui a la science islamique. Parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité. Pourquoi ne pas suivre ceux qui ont plus de science, en l'occurrence les 4 Aimmah ? Pourquoi s'abstenir de suivre les Aimmah d'autrefois sur la simple "déclaration" de quelques "enseignants" qui n'ont même pas saisi la vraie portée de leurs affirmations ? Dans un hadîce Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Pourquoi ces gens-là ne se sont-ils pas renseignés alors qu'ils ne savaient pas ?" (Aboû Daawoûde)

Ce hadîce aussi nous montre que quand on ignore quelque chose, il est de notre devoir de nous renseigner.

Réponse 3

Cela dépend du groupe dans lequel se trouve la personne. S'il est un Moudjtahid, il peut suivre le fruit de ses propres recherches : S'il n'est pas Moudjtahid, il lui faut suivre un Moudjtahid parce que devant la science d'un Moudjtahid, il serait incontestablement un ignorant. Donc, d'après le Qour'aan, il lui faudra suivre quelqu'un qui a la connaissance, "Demandez à ceux qui savent quand vous ne savez pas." (21:7)

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.4 No.5]