Dou'aa après la salaatul djanaazah Objection enfantine

Suite à un article intitulé "SOUNNAH ET BID'AH" paru dans AL-HAADÎ Vol. 2 No. 5, un Molvî Saahib a publié un pamphlet pour essayer de réfuter l'article en question ou plus précisément la partie qui se réfère au Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah.

En effet Al-Haadî a conclu que le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah est un Bid'ah. Il faut d'abord souligner que la conclusion de Al-Haadî est basée sur des preuves et des opinions des Ou'lamaa-é-Kiraam (R) de toutes les époques qui ont tous condamné cette pratique. Voyons un peu,

Imaam Aboû Bakr Bin Hamid (264H) dit :

"Faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah est Makroûh‎‎"

Quant aux Allaamah‎‎ Shams-oul-Aimmah Al-Halwai (454H) et Allaamah‎‎ Qaazî Shaghdî (461H) ils disent :

"Nul n'a le droit de se tenir debout pour faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah."

Imaam Taahir Bin Ahmad Boukharî Sarakhçî (545H) dit :

"Ne restez, pas debout pour faire le Dou'aa pour le Mayyite après la lecture du Qour'aan Karim, faite soit avant ou après la Salaat-oul Djanaazah." (Khoulaasat-oul-Fataawaa)

Un autre savant en la personne d'Allaamah‎‎ Siraadjouddîne‎‎, l'auteur de ‘Fataawaa Siraadjiyah' (569H) dit :

"Quand on a termine la Salaat-oul-Djanaazah, ne restez pas debout pour faire le Dou'aa."

Le célèbre juriste du 7ème siècle, Cheïkh Moukhtaar Bin Mouhammad Zahid (658) est du même avis qu'Allaamah‎‎ Siraadjouddîne.

Faisant allusion à la même pratique (Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah), Cheïkh Ibn-oul-Haadj (737H) dit dans son livre "Al Moudkhal" :

"C’est une coutume qui doit être abandonnée."

L’auteur de ‘Fataawaa Bazzaaziyah’, Cheïkh Haafiz-oud-Dîne Bin Shihaab (827H) dit :

"Il ne faut pas rester debout et faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah, ceci ayant déjà été fait, car la plus grande partie de la Salaat-oul-Djanaazah comprend le Dou'aa même."

Cheïkh Shamsouddîne Mouhammad Khouraçaanî (962H) dit :

"Il ne faut pas faire de Dou'aa."

Allaamah‎‎ Ibn-e-Noujaim (969H) dit :

Allaamah‎‎ A'lî Al Qaarî‎‎‎‎ (1014H) dit dans son livre 'Al Mirqaat', commentaire de Mishkaat Charîf :

"Ne faites pas de Dou'aa pour le mayyite après la Salaat-oul-Djanaazah parce que cela équivaut à y ajouter quelque chose."

Alhamdoulillaah, les bons conseils et les critiques constructives sont toujours les bienvenus chez nous. Cependant après avoir analysé le contenu de ce pamphlet nous avons relevé les points suivants :‑

1. Il y a une forte possibilité que le Molvî Saahib n'a pas bien compris les explications ou plus particulièrement le principe à partir duquel nous avons conclu que le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah est un Bid'ah pour ne pas dire qu'il a été malhonnête du fait qu'il n'a pas reproduit le principe en question intégralement.

 

Dans l'article en question - plusieurs fois nous avons souligné le fait que si malgré l'existence d'un motif, une pratique n'existait pas chez Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ou chez les Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎), cela suffit pour montrer que cette pratique n'a pas sa place dans le Dîne-Al-Islâm. C'est à partir de ce même principe que la pratique de faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah a été considérée comme "Bid'ah."

 

2. Nous notons aussi que le Molvî Saahib est au moins d’accord sur le fait que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n’a pas fait le Dou'aa (Sallallaahou A'laihi Wasallam) après la Salaat-oul-Djanaazah. Le fait que la Salaat-oul-Djanaazah a toujours existe depuis l’époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et qu'il n'y a aucun moyen pour prouver que Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a fait le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah suffit pour prouver que cette pratique est un Bid'ah. L'existence d'un hadîce qui interdit directement cette pratique n'est donc pas absolument nécessaire pour le condamner. Après tout il y a plusieurs exemples où nous voyons que les Fouqahaa (R) ont considéré une pratique comme Bid'ah simplement parce que, malgré l'existence d'un motif, cette pratique-là n'a jamais existé dans la vie de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et cela malgré qu'il n'y ait aucun hadîce qui interdit directement la pratique en question. Voyons quelques exemples :

 

a.  Allaamah‎‎ Sa'd-oud-Dîne Kashgarî (R) (mort 700H) dit dans Mounniyyat-oul-Mousallî ‎‎ : "Et accomplir plus de huit Rak'aats (avec un seul salaam) pendant la nuit et plus de quatre Rak'aats (avec un seul salaam) pendant le jour est Makroûh‎‎ par 1'I'djmah." Évoquant la raison de cette interdiction Al-Badai-was-Sanai dit : Parce qu'on n'a pas rapporté cette pratique de Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Dans Hidaayah il est dit : "Et la preuve que c'est Makroûh‎‎ c'est que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'a pas fait plus que cela. Si ce n'était pas Makroûh‎‎, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) aurait fait plus que ça afin de montrer que c'est permis."

b. Dans Dourr-oul-Moukhtaar il est écrit :

"Il est Makroûh‎‎ de faire le Dou'aa quand on fait le Khatm-oul-Qour'aan pendant le Ramadhaan et aussi de faire le Dou'aa en Djamaa'ah quand on fait le Khatm-oul-Qour'aan car on n'a pas rapporté une telle pratique de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ou des Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎)."

c. Il est dit dans Hidaayah :

"Et il est Makroûh‎‎ de faire la Salaah Nafl après le Soubh-é-Saadiq‎ sauf les deux Rak'aat (Sounnah) de Fadjr car Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'a pas fait plus que ça malgré son grand intérêt pour la Salaah."

Il est donc clair à la lumière de façon de faire de ces Aimmah qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait un hadîce qui interdit directement une pratique quelconque pour qu'elle soit considérée comme Bid'ah. Et à la lumière des déclarations des Aimmah (R) que nous avons mentionné dans l'article "SOUNNAH ET BID'AH nous voyons que cette pratique-là c.à.d. faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah, est interdite simplement parce qu’elle n'existait pas chez Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) malgré l'existence d'un motif.

3. Molvî Saahib n'est pas d'accord avec l'opinion des Aimmah (R) qui ont déclaré que la pratique du Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah est un Bid'ah. Est-ce que Molvî Saahib prétend être plus savant que les Aimmah (R) ? Il n'y a pas de doute que les Aimmah (R) connaissaient mieux que nous tous, les ahaadîce‎‎ que Molvî Saahib a cités. Mais malgré cela ils ont tous condamné la pratique que Molvî Saahib, lui, défend. Il est donc évident qu'ils n'ont pas compris le hadîce cité dans le sens que Molvî Saahib tente de nous faire comprendre. C'est donc une preuve que dans le hadîce cité il n'y a rien qui prouve qu'on doit faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah. Molvî Saahib doit comprendre que notre connaissance et sa connaissance à lui, par rapport à celle des Aimmah Moudjtahidîne (R), ne représente rien. N'est-il pas logique de notre part de suivre l'interprétation de ceux doués de connaissance de Dîne que de suivre quelqu'un dont la connaissance ne représente presque rien ?

4. La traduction du hadîce d'Aboû Daawoûde par Molvî Saahib n'est pas correcte. Ceux qui connaissent la langue arabe l'ont sans doute constaté sans aucune difficulté. La traduction de Molvî Saahib se lit ainsi:

"quand zotte fini lire Namaaz‎‎ janaaza pour maiyyate, alors demande ene dua spéciale pour li."

Et plus loin il dit: "Donc ça qui comprend, demande dua tout de suite."

Or dans le texte du hadîce les traductions de "fini" et de "ène dua spéciale" n'existent pas.

La bonne traduction du hadîce est la suivante :

"Quand vous faites la Salaah pour un mayyite alors faites le Dou'aa avec Ikhlaas (sincérité) pour lui."

Le mot "izaa" est utilisé pour indiquer une condition et une circonstance de temps. Donc une traduction plus idiomatique du hadîce serait comme suit :

"Faites le Dou'aa avec sincérité quand vous faites la Salaah pour un mayyite."

Le Molvî Saahib tente de prouver que ce hadîce approuve la pratique de demander le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah, mais est-ce qu'il peut nous expliquer pourquoi on ne trouve aucune trace d'une telle pratique dans la vie de Nabî‎‎-é Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam), lui-même ? Et après le wafaat du Saint Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) comment se fait-il que cette pratique n'existait pas dans la vie des Sahaabah‎‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) et des Taabi'îne (R) ?

Est-ce que Molvî Saahib veut nous faire accroire que les Sahaabah‎‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) et les Taabi'îne (R) y compris les Aimmah (R) n'ont pas compris le sens de ce hadîce alors que, lui, il l'a compris, plus de 1400 ans après ?

Il est fort possible que Molvî Saahib n'ait pas pris en considération tous ces points-là, car au cas contraire il n'aurait pas minimisé l'importance des opinions des Aimmah (R) car nous savons tous que l'opinion de ces illustres personnes-là est basée sur des preuves du Charî'ah‎‎. Ce sont seulement ceux qui éprouvent de la haine pour les Ou'lamaa-é-Haqq ou ceux qui sont malhonnêtes qui refusent de reconnaître la contribution et l'importance de ces Aimmah (R) pour la cause de l'Islâm.

Si malgré toutes ces explications claires et simples Molvî Saahib persiste pour ajouter les mots "fini" et "tout de suite" à la traduction de ce hadîce alors il serait intéressant de savoir comment est-ce qu'il va traduire le verset 98 du Sourah 16. D'après notre principe de traduction, dans ce verset Allah Ta'aala dit :

"Quand vous lisez le Qour'aan, demandez alors la protection d'Allah contre le Satan banni." A noter qu'au début de ce verset il y a le mot "Izaa" et la deuxième partie de ce verset commence par le mot "Fa"

Dans ce verset Allah Ta'aala nous ordonne de dire "A'ouzoubillah-i-minash-shaïtaan-ir-rajîm" bien sur avant la lecture du Qour'aan Karim. Toutefois si nous suivons le principe de Molvî Saahib et la "leçon" de la langue arabe qu'il croit nous donner alors nous devons traduire le verset comme suit :

"Quand vous terminez la lecture du Qour'aan alors lisez tout de suite "A'ouzoubillah-i-minash-shaïtaan-ir-rajîm."

De même au verset 53 du Sourah 83 Allah Ta'aala dit :

.".. Et quand vous demandez à ces femmes (épouses de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam)) quelque objet, demandez leur, alors, de derrière un rideau..."

A souligner qu'ici aussi il y a le mot "Izaa" et la deuxième partie commence par le mot "Fa." Cependant si nous suivons le principe de Molvî Saahib nous devons traduire le verset comme suit :

"Quand vous avez fini de demander à ces femmes (épouses de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam)) quelques objets, demandez-leur alors tout de suite de derrière un rideau"

Il est clair, que le verset n'aura plus aucun sens. C'est aux musulmans maintenant de juger la justice de la traduction de Molvî Saahib. Nous avons voulu ainsi expliquer qu'il n'est pas correct de généraliser le principe que Molvî Saahib a adopté pour traduire le hadîce de Aboû Daawoûde. Après avoir vu les traductions de ces deux versets susmentionnés nous constatons que Molvî Saahib n'a pas été bien inspiré pour traduire le hadîce comme il l'a fait. Le principe de Molvî Saahib peut être appliqué dans certains contextes tandis que dans d'autres non. Et le fait que les Sahaabah-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎), les Taabi'îne (R) et les Aimmah (R) n'ont pas compris le hadîce de Aboû Daawoûde dans le sens que Molvî Saahib l'a compris et qu'il tente vainement de nous faire comprendre suffit pour nous montrer que le principe de Molvî Saahib ne s'applique pas ici.

AL-HAADÎ a donc eu entièrement raison de dire qu'il n'y a aucun Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah. Nous insistons sur le fait qu'il n'est pas logique d'abandonner les fatwas des Aimmah (R) de toutes les époques pour adopter l'opinion de quelqu'un dont la connaissance ne représente rien par rapport à ces Aimmah (R).

Molvî Saahib a donc échoué dans la tâche qu'il s'est assignée, c'est à dire de prouver que le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah n'est pas Bid'ah. Molvî Saahib ferait mieux de s'atteler à des tâches qui feront bénéficier l'Oummah‎ au lieu de faire des choses qui laissent planer des doutes sur l'étendue de sa connaissance.

Nous tenons à faire ressortir ici qu'Al-Haadî ne tire pas des conclusions sans des preuves solides. Quand nous réfutons un article quelconque c'est toujours avec des preuves solides et concrètes et surtout dans le but de propager le Haqq (la vérité) et ceci pour le plaisir d'Allah Ta'aala. Alhamdoulillaah (chez nous) ce n'est pas une passion de gagner ou de perdre sur un sujet quelconque. L'important c'est que l'Islâm et les musulmans gagnent. Et si jamais quelqu'un réussit à nous convaincre que nous avons fait une erreur quelconque Inchaa Allah nous aurons le courage de rétracter. Nous ne demandons que la collaboration et la compréhension de chaque musulman/ musulmane.

Chacun de nous aura des comptes à rendre à Allah Ta'aala. Faire du mal à l'Islâm ou aux musulman(e)s, propager des contre vérités, ne pas respecter les Ou'lamaa-é-Haqq (R) et jouer avec le Dîne comme un jeu d'enfant sont définitivement des péchés très graves. Qu'Allah Ta'aala nous en préserve et Qu'Il nous guide dans le Çiraat-oul-Moustaqîme, chemin des Ahlé-Sounnah Wal Djamaa'ah. Amine.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.6]