Haafiz

De nos jours, le mot Haafiz signifie quelqu’un qui a mémorisé le Qour’aan-é-Karîm par cœur. Mais auparavant, tout le monde mémorisait le Qour’aan-é-Karîm. Ce n’était pas quelque chose de rare. Ce qui était rare c'était la mémorisation des Ahaadîce par cœur. Combien d'Ahaadîce une personne doit-elle savoir pour devenir un Hafiz de Hadîce ? D’après les savants de Hadîce, c’est celui qui sait 100,000 Ahaadîce par cœur avec son texte et sa chaine de narration.

Par exemple, quand on mentionne Haafiz Ibn Hadjar Asqalaanî, on ne l’appelle pas un Haafiz parce qu’il était un Haafiz du Qour’aan mais parce qu’il était Haafiz des Ahaadîce. D’après la définition des savants de Hadîce, il savait 100,000 par cœur leurs chaines de narration comprises. Similairement, il y a encore un savant de Hadîce, Hafiz Badrouddîne Al-Aïnî qui était très renommé et qui connaissait 100,000 Ahaadîce par cœur avec les chaines de narration. Ces deux savants vivaient à  la même époque.

Allaamah Hafiz Bin Hadjar Asqalaanî était reconnu comme un grand expert et docteur en matière de Hadîce et a vécu de 773 Hidjrî à 852 Hidjrî. Il est l’auteur d’innombrables livres. Son livre le plus reconnu est son commentaire du Sahîh Boukharî. Ce commentaire comprend plusieurs volumes et il a prit 25 années pour le terminer. Le livre est nommé Fath-oul-Baarî.

Quant à Allaamah Badrouddîne Al-Aïnî, il était un célèbre Hafiz-oul-Hadîce qui a vécu de 762 Hidjrî à 855 Hidjrî. Il est aussi l'auteur de nombreux livres. Il a aussi écrit le commentaire du Sahîh Boukharî qu’on appelle Oumdat-oul-Qaari. Il contient 12 volumes épais qu’il a écrits en 26 années. Il n’y a aucun commentaire de Boukharî aussi détaillé que ces deux livres. Il n’y a personne dans ce monde qui peut prétendre comprendre Sahîh Boukharî sans l’aide de ces deux livres. C’est comme si la Oummah était redevable à Imam Boukharî et cette dette a été acquittée par ces deux commentaires des deux célèbres Ou'lamaa et Houffaaz-oul-Hadîce.

Ceux qui ont eu l’occasion d’étudier ces deux livres écrits par ces deux savants peuvent avoir une idée de la vaste connaissance de ces deux savants de Hadîce. Malgré cette vaste connaissance, le plus intéressant, frappant, et merveilleux c’est que ces deux savants ont toujours reconnu qu’ils doivent suivre un Imâm. Allaamah Bin Hadjar Asqalaanî suivait Imam Chaafi'î t et Allaamah Badrouddîne Al-Aïnî suivait Imam Aboû Hanîfah (Rahmatullahi Alaih). Donc Allaamah Badrouddîne était un Hanafî et Allaamah Bin Hadjar Asqalaanî était un Chaafi'î.

 La connaissance du Dine est un une lumière qui illumine le cœur et qui apporte l’humilité et la Taqwaa dans le cœur d’une personne. Un vrai Alim est toujours humble et Mouttaqui. Une vraie humilité pousse une personne à reconnaître la vérité même dans les conditions les plus défavorables. Voilà ce qu'ont fait des Ou’lamaa comme Allaamah Bin Hadjar et Allaamah Badrouddîne ; ils reconnaissaient la valeur des Aimmah qui possédaient une connaissance de Dîne très élevée et très avancée. Ils ont découvert une dimension de connaissance exceptionnelle de ces Aimmah. Malgré la connaissance immense et énorme qu’ils possédaient eux-mêmes, ils ont jugé trop risqué de naviguer seuls dans cet océan sans être accompagnés de quelqu’un de plus instruit. Donc ils ont jugé sage et nécessaire de suivre un Imâm. Leur Taqwaa et connaissance leur ont permis de comprendre qu’il y avait un long parcours avant de pouvoir atteindre le degré et le niveau de ces Aimmah. Ils ont eu l’occasion d’observer l’étendue de l'océan de connaissance. Ils ont pu comprendre que la connaissance qu’ils possédaient ne représentait qu’une goute d’eau dans cet océan. Ils ont compris qu’il y a un horizon autre que celui qui est devant eux. Le monde ne cesse d’exister à l’horizon. Donc c’est dû à leur connaissance qu’ils se sont jugés incapables et par conséquent, ils ont trouvé la nécessité de suivre quelqu’un qui connaît plus, en l’occurrence un Moudjtahid tel que Imam Aboû Hanîfah (Rahmatullahi Alaih), Imam Malik (Rahmatullahi Alaih), Imam Chaafi'î (Rahmatullahi Alaih), et Imam Ahmad Bin Hambal (Rahmatullahi Alaih). Par contre, celui qui ne connait pas, prétend toujours savoir ce qu’en réalité, il ne connait pas. Ceci ressemble à quelqu’un qui est enfermé dans un puits, et ne connait rien à part ses alentours, qui lui donne l'impression d'avoir déjà tout exploré.

Donc, il y a une personne dont la vaste connaissance le fait reconnaitre et admettre qu’il ne sait pas. De l’autre coté, il y a une catégorie de gens qui est tellement plongée dans l’ignorance, qu’elle prétend savoir ce qu’elle ne connait pas. Il faut que quelqu’un s’engage pendant une longue période de temps, dans l’acquisition de la connaissance de Dîne, sous la supervision des professionnels dans le domaine afin qu’il puisse proclamer sans la moindre hésitation qu’ils ne savent pas.

[Version française  de "Hafiz” - Al Jamiat Vol.6 No.12]